Musique en ligne: promotion pour un indépendant malgré des inégalités

Musique en ligne, un moyen de promotion pour un indépendant malgré une inégalité sur le web

13 Mar

Dans l’environnement de la musique en ligne, l’évolution des nouvelles technologies nous a amenés à l’utilisation de certains supports et outils: mp3 (et autres formats), webradios, peer to peer, streaming, téléchargement légal, réseaux sociaux… Donnant un accès à une multitude de styles et d’artistes. Ce qui a provoqué une évolution marquante au niveau des habitudes de consommation.

Musique en ligne, un moyen de promotion pour un indépendant malgré une inégalité sur le web

Avec le peer to peer, les consommateurs de musique accédaient à un catalogue quasi-infini et gratuit. Avec le streaming et le téléchargement, tout ceci s’est « légalisé », bien que les revenus des artistes (dans la grande majorité) restent très faibles. La disparité entre légal et piratage s’est certes amenuisée, mais le prix psychologique de la musique est proche de zéro. Dans l’inconscient des internautes, c’est devenu un bien collectif qui se partage/s’échange sans souci, autant d’un point de vue éthique que technique. Aujourd’hui, dans un contexte légal, la progression des outils web et autres applications nous envoient toujours plus dans une sphère de partage ET de recommandation, faisant de la musique en ligne un contenu diffusable à une immense échelle. Point très positif.

Mais concrètement, autant en digital qu’en physique, il y a une concentration sur un faible nombre d’artistes. Est-ce que cela satisfait la demande majoritaire? Sûrement que non. Le problème est que cette concentration créée une demande qui est censée être majoritaire. Dans tous les cas, une étude de midia consulting parue sur le blog de Mark Mulligan, reprise en français par Le Mouv’, montre une inégale répartition des revenus:

→ Graphiques originellement parus dans un article de Music Industry BlogThe Death of the Long Tail

Musique en ligne, un moyen de promotion pour un indépendant malgré une inégalité sur le web

Des revenus inégaux entre « superstars » et le reste

Musique en ligne, un moyen de promotion pour un indépendant malgré une inégalité sur le web

La part du revenu des « superstars » dans le revenu total de l’industrie de la musique, par secteur

Les stars continuent à toucher des revenus élevés, leurs albums sont les plus populaires sur les plateformes digitales… A cause de l’hégémonie des majors dans les médias, la distribution et aussi le web. C’est la conséquence logique du marketing de masse ainsi que d’une grande capacité d’investissement. Le « star system » à qui l’on prédisait une fin avec Internet n’est pas encore mort.

L’étude précédente montre bien les inégalités entre artistes, en opposition à la théorie de la longue traîne: les contenus à faible demande, dans leur ensemble, peuvent représenter une part de marché égale voire supérieure aux « superstars ». Aujourd’hui 1% des artistes représentent 77% des revenus. Récemment, on a constaté que 4 millions de chansons n’avaient jamais été écoutées sur la plateforme de streaming Spotify. Aussi, une étude de The Next Big Sound démontre que 90% des artistes restent inconnus sur Internet. Le numérique ne peut pas tout faire. La preuve en est avec des campagnes physiques comme celle d’Arcade Fire: le groupe a annoncé son nouvel album avec des symboles étranges à travers les villes du monde. La réalité est que ce type de campagnes est réservée à des groupes qui ont un nom, avec un album attendu. Dans un tel environnement, en tant qu’artiste indépendant souhaitant se développer, comment se faire connaître? Il n’y a pas de recette miracle.

Pour un artiste indépendant, la musique en ligne est un atout, au delà du problème des revenus et de la concentration sur les stars

Dans les médias traditionnels (radio FMtélévision), les programmations sont peu variées. L’écoute y est plutôt passive, les auditeurs n’ont généralement pas grande attention pour les titres diffusés. C’est le contraire avec Internet, où l’écoute est bien plus active, du fait de la volonté d’aller chercher un titre/album/clip/concert/matériel spécifique. Il y a une réelle interaction avec le média: les consommateurs ont une liberté de choix dans un délai quasi instantané avec possibilité d’accéder à des qualités audio/vidéo de premier choix. La difficulté est alors de se démarquer dans un flux gigantesque, ce qui devient (est) un métier, ou nécessite du temps dans une vie d’artiste.

L’offre de musique s’est multiplié avec Internet. La demande tend vers des critères de personnalisation et de différenciation, en lien avec une segmentation très éclatée. L’intérêt pour indépendants et autoproduits est qu’ils ont malgré tout la possibilité de travailler une visibilité, en adéquation avec les bons outils et une stratégie définie en amont: Soundcloud (axé indépendants, excellent pour le partage: le plus adapté et le plus performant selon votre serviteur), Youtube (nécessite un travail de référencement), Bandcamp (très pratique pour vendre directement sa musique, mais peu évident de s’y démarquer), les réseaux sociaux (FB, Twitter, blogs, forums), les plateformes de streaming et de téléchargement (cela se discute: être visible en tant qu’indépendant y est quasi-impossible; mais c’est un moyen de distribution de sa musique), avoir un site Internet de qualité avec une newsletter (par exemple). Il faut aussi compter sur le soutien des acteurs locaux: radios, salles, magasins de musique, associations… Qui sont des moyens de promotion à ne surtout pas négliger et qui fonctionnent, couplés à une présence web optimisée. 

Mettre sa musique en ligne sur les bons supports reste un outil de promotion pour un artiste indépendant, bien que cela puisse parfois paraître compliqué. Suivant le stade de carrière, on développe/consolide la notoriété. On se doit d’offrir un produit avec un service à valeur ajoutée. C’est un cycle: plus la carrière progresse, plus les services online propres à l’artiste évoluent: vente de billets, vente de merchandising, vente de matériel collector, établissement et maintien d’une relation fan/artiste. Avec la musique en ligne, la création de valeur est donc un élément clé.

Crédit photo à la une: arttux/deviantart.com/CC BY-SA 3.0

9 Réponses pour “Musique en ligne, un moyen de promotion pour un indépendant malgré une inégalité sur le web”

  1. LMC 1 août 2016 à 11:48 #

    Comme pour beaucoup de choses, le web a ses avantages et ses désavantages. Internet peut être une très bonne plateforme de lancement pour de bons musiciens s’ils arrivent a être écouté. Car la concurrence est aussi très rude …

  2. canardo 26 février 2015 à 09:36 #

    En complément de ces réflexions, une conférence sur le sujet donnée par le grand steve albini qui compare la manière dont on peut diffuser la musique des années 80 à aujourd’hui: http://www.mowno.com/articles/steve-albini-le-probleme-est-resolu/

    • Luc Mug 3 mars 2015 à 10:06 #

      Merci Canardo, effectivement un superbe discours donné par Steve Albini qui a fait le tour du web. Censé et réaliste. Il est justement très optimiste quand au futur de la musique et son accessibilité, comparativement aux décennies précédentes qui nous ont fait manquer plein d’excellents groupes. Inspirant.

  3. Tommy 29 août 2014 à 11:26 #

    Effectivement, l’un des retours de flammes de la révolution numérique; qui est quand même un progrès majeur en matière de création musicale (au moins dans sa dimension de composition: recherches préliminaires avec une jam collective par exemple); c’est bien le fait qu’elle a tiré la musique auprès du grand public vers le bas alors qu’elle donnait des ailes aux créateurs. Tout le monde a pris conscience de la facilité avec laquelle on peut désormais s’approprier un morceau et le diffuser. La formule est superbement trouvée en ces termes « la création de valeur est un élément clé » dans le commerce de la musique. Au delà d’un morceau, il faut aujourd’hui « vendre » des objets, une culture, une présence, une personnalité. Je pense que c’est dans cette voie que se pérennisera la création musicale de demain.

    En ce qui concerne les disparités de rémunération entre les artistes, gardons à l’esprit que les plateformes de streaming resteront sans doute comme le plus grand échec de la musique 2.0 du fait qu’elles n’ont fait que reproduire un schéma de diffusion classique, linéaire et descendant; là où d’autres ont réellement misé sur des figures plus collaboratives et transversales.

    • Luc Mug 21 octobre 2014 à 12:52 #

      La révolution numérique a changé pour musiciens et publics les modes de composition ET de consommation. Facilité de mettre ses créations en ligne, accès à une énorme quantité de musique (excellente comme mauvaise), styles ultras-segmentés… Là est tout l’art de saisir l’importance de la révolution numérique pour bien se démarquer et savoir se « vendre », en n’oubliant pas que la musique reste « prioritaire ». Certains font d’ailleurs très bien l’inverse ;)

      Je partage votre opinion sur le streaming, et j’ajouterai que trop d’opacité et d’enjeux financiers entourent les principales plateformes.

  4. Ryad 13 août 2014 à 21:35 #

    Les indés ne seront jamais égaux avec les artistes des majors de toute façon…

    Voici une astuce pour essayer d’inviter un peu plus de monde à aimer sa page artiste sur Facebook: http://www.upformusic.com/fr/facebook-avoir-plus-de-fans-66612014

    • Luc Mug 21 octobre 2014 à 10:51 #

      Merci Ryad pour le lien!

      Quant à la question d’égalité entre indés et majors, il est vrai que ces dernières ont un avantage notable propre à tout grand groupe, c’est à dire possédant des ressources financières importantes. Mais utilisées bien trop souvent pour du marketing de masse et de la musique mainstream…

  5. Luc Mug 3 juillet 2014 à 09:21 #

    Merci Marc!

    Suite à la lecture de l’article joint: laisser sa musique en « contenu libre » permet à un artiste de multiplier les chances d’avoir des opportunités. Les banques de son sont un immense vivier et encouragent aussi à la création.

  6. Marc 29 juin 2014 à 11:31 #

    Je crois que depuis 2014 on peut aussi ajouter les banques de son qui font la promotion et assurent beaucoup de ventes. Lire l’article explicatif : http://www.musique-zine.fr/uncategorized/1588contenus-libre-remix-ect.html

    J’aime dans votre article cette pensée : « Le prix psychologique de la musique est proche de zéro ».

    Beaucoup d’excellentes réflexions, merci MusicMug.

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