Majors du disque: un large catalogue, une offre concentrée | MusicMug

Majors du disque: un large catalogue, une offre concentrée

2 Avr

Les majors, ces grandes entreprises de l’industrie musicale, ont connu un âge d’or avant l’arrivée du digital, avec un énorme pouvoir de distribution et une grande capacité d’investissement. Elles sont propriétaires d’un gigantesque back-catalogue mais exposent beaucoup de musiques « mainstream » et peu diversifiées. En parallèle de cette offre très concentrée, elles ont mis (mettent) du temps à assimiler la révolution numérique de l’industrie musicale.

Les 3 majors, résultat de plusieurs fusions et rachats depuis les années 60 sont: Universal Music Group (30% des parts de marché), Sony Music Entertainment, Warner Music Group. Ce qui représenterait environ 72% des parts du marché de la musique. Aujourd’hui les majors se disent axées sur la diversité. Ce qui dans un sens est vrai avec le back-catalogue et contrats de licence… Dans un contexte en pleine mutation, où les indépendants, sources d’une authentique et volontaire diversité, se font plus entendre.

Ici est livré mon point de vue de musicien rock/métal, le plus objectif possible

Le marketing de masse et une vision commerciale à court terme

Les majors, c’est du marketing de masse. Des gros budgets de promotion investis sur quelques stars, du pur « mainstream ». Parfois ce marketing est « transversal », allant de la production de l’album jusqu’au lancement: le cas des émissions de télé-réalité musicale. Des investissements conséquents sont figés sur un nombre d’artistes limité, ce qui n’est pas proportionnel au catalogue des structures. Pourtant, synonyme d’une hégémonie passée, le back-catalogue représente la plus grande part des ventes, avec beaucoup de classiques ET de très bons artistes dans des styles variés. Pourquoi en arrive-ton là? Le principe de fonctionnement des majors, avec une structure proche de grands groupes multinationaux, dont l’intérêt premier est le profit. Il en découle une vision commerciale à court terme. Exemples: les Boys Band, les artistes « single », les tubes de l’été… Les majors veulent maximiser l’infime partie de la production qui est apte à être rentabilisée immédiatement (source: Wikipédia/ Économie de la culture).

Majors du disque: un large catalogue, une offre concentrée

Le produit se banalise, et décuple le sentiment de diversité réduite. Et le consommateur de musique au sens large du terme? Il se rattache trop souvent à des facteurs qui sont faussement gages de qualité: visibilité médias, notoriété… Malgré tout on ne peut pas mettre tout les maux de l’industrie musicale sur le dos des majors: par le biais d’accord de licence et de distribution, elles aident des producteurs et labels indépendants grâce à leur structure pour la distribution, la négociation des tarifs et la promotion. Des expériences positives relatées l’ont confirmées. Les majors ont revu leurs stratégies ces 10 dernières années à cause de l’explosion Internet: elles ont créé de petites équipes à la recherche de nouveaux talents, chose qui est initialement l’apanage des indépendants avec leur marketing de niche. C’est un progrès, mais cela reste généralement gentiment « branchouille » au niveau de l’artistique, loin de la vraie diversité musicale. Vont-elles soutenir un artiste ne générant pas de gros profits pendant 10 ans?

Les majors sur le web

La stratégie globale des majors est focalisée sur les « stars ». Un système qui s’écroulerait avec l’arrivée du web? On l’a cru un temps, mais la réalité veut que les artistes les plus téléchargés illégalement en 2013 soit Bruno Mars et Rihanna. Et sur iTunes la même année, les 10 albums les plus téléchargés étaient (d’après iTunes):

– The 20/20 Experience, Justin Timberlake
– Beyoncé, Beyoncé
– Night Visions, Imagine Dragons
– Magna Carta… Holy Grail, JAY Z
– Nothing Was the Same, Drake
– The Heist, Macklemore & Ryan Lewis
– Pitch Perfect, Various Artists
– Babel, Mumford & Sons
– The Marshall Mathers LP2, Eminem
– Random Access Memories, Daft Punk

Pas de surprises: des artistes connus, proposant une musique ultra-calibrée… dont on parle régulièrement dans les médias et qui sont boostés par un énorme système de promotion. A peu de choses près la tendance est similaire sur les autres services de streaming/téléchargement. Les parts de marchés des indépendants sont plus élevées en digital qu’en physique, chose logique au vu des surfaces et lieux de ventes dédiés: domination des grandes surfaces et hypermarchés, disparition des disquaires indépendants et réduction du rayon musique dans les grandes surfaces spécialisées comme la Fnac. Selon les chiffres du cabinet Nielsen Soundscan, les parts de marché des labels indépendants réunis aux USA (premier marché mondial, en lutte avec le Japon) étaient à 34.6% à fin 2013. Et leur part dans la distribution était de 12.3 %. Encourageant mais pas assez.

Pour reprendre un article précédent de MusicMug« … autant en digital qu’en physique, il y a une concentration sur un faible nombre d’artistes. Est-ce que cela satisfait la demande majoritaire? Sûrement que non. Le problème est que cette concentration crée une demande qui est censée être majoritaire… »; « … une étude de The Next Big Sound démontre que 90% des artistes restent inconnus sur Internet… ». Avec Internet, l’offre a augmenté, tout comme la demande. L’accessibilité à la musique a bien changé. Les majors formatent moins leurs artistes. Mais la conséquence du marketing de masse et la prédominance dans les médias se retrouve sur Internet. De plus elles diversifient leur activités avec le 360 degrés, source multirevenus: production, édition, achat de salles, management, organisation de tournées, merchandising…

Majors vs Artistes

Des artistes connus ont décidé de quitter les majors: Radiohead et NIN pour les cas les plus célèbres. Ils ont décidé « d’offrir » leur musique, et de développer une relation avec les fans, en proposant de la valeur ajoutée. A savoir que NIN est retourné depuis sur une major!?! C’est un fait: avec les contrats et beaucoup trop d’opacité (surtout avec le web), les majors récupèrent beaucoup d’argent au détriment de l’artiste. Ceux-ci ont eu marre de la mauvaise considération vis à vis de leur public. Un public pris à tort pour un consommateur moyen juste bon à acheter ce qu’on lui vend: parfois ce sont des albums de qualité douteuse, où 3-4 titres sont « potables » et le reste du vulgaire remplissage. Le tout supervisé et plus ou moins imposé par des cadres « plus commerciaux qu’artistiques »: l’exemple de guitaristes de groupes devant retenir littéralement leur jeu sous peine de « sanctions ». Ce n’est pas une généralité, mais des témoignages avérés. Quand un artiste crée une musique, il est pour lui intéressant/important d’être entouré d’un accompagnateur qui va le guider sur certaines modifications: là est le vrai beau rôle d’arrangeur, de visionnaire et de membre supplémentaire du groupe. La cohésion en studio compte énormément.

Majors du disque: un large catalogue, une offre concentrée

Votre serviteur connaît d’autres artistes, plus confidentiels, sous contrat avec une major, plus ou moins ignorés, bridés, voire « arnaqués » (location de studios hors de prix au frais de l’artiste par exemple). N’ayant pas un grand « potentiel commercial », ils ont privilégié l’intérêt d’une vraie liberté artistique et le développement d’une relation avec leur public. Ils sont passés au DIY, ou supportés par un indépendant compétent. Le do-it-yourself: vivre de sa musique et la gérer comme on l’entend sans l’intervention d’un label.

RadioHead et NIN sont des groupes avec un public et une communauté solide, présents sur la scène depuis longtemps. Ils peuvent se permettre pas mal de choses: il y a eu une « tendance » d’artistes importants quittant leurs maisons de disques… L’histoire a montré que beaucoup d’inconnus se servent du DIY pour se faire remarquer, et se font ensuite accompagner par une structure indépendante ou… une major. Ce qui selon certains a son intérêt, surtout d’un point de vue juridique. D’autres refusent catégoriquement, et comptent sur la « théorie du vrai fan » définie par David Kelly: « …un vrai fan est défini comme quelqu’un qui achètera tout et n’importe quoi qu’on produise. Ils conduiront plus de 300 kilomètres pour vous voir chanter… ». En tant qu’artiste, il est très stimulant de penser à ses fans en les comblant avec les meilleurs contenus. Cela permet de maintenir un niveau d’activité tourné vers la progression, sans intermédiaires. On donne le meilleur de soi-même. Dans le cas où la notoriété atteint un certain stade, c’est moins évident, question de timing.

Actuellement on manque encore d’exemple sur le long terme. Finalement, comme l’a dit Moby au sujet des majors: « soit elles se réinventent, soit elles meurent lentement ».

A lire: « L’industrie du disque » de Nicolas Curien et François Moreau, qui a été une des inspirations pour cet article

Crédits photos: A la une: Saint Huck/Foter.com /CC BY-NC
Engrenage: Les Chatfield/Wikimedia commons/CC-BY-2.0

2 Réponses pour “Majors du disque: un large catalogue, une offre concentrée”

  1. Wallace 20 mai 2015 à 14:49 #

    Hello,

    Merci pour cet article, j’ai apprécié !

    Peux-tu simplement m’en dire plus (ou me renvoyer vers une autre lecture) sur ce que tu entends par back catalogue ? Qu’est-ce qu’il regroupe ? A quoi fait-il référence ?

    Merci et bonne soirée !

    • Luc Mug 25 mai 2015 à 09:44 #

      Salut, merci pour les compliments!

      Le back-catalogue représente les albums sortis il y a un certain temps (époque du vinyle), et réédités et reconditionnés sous forme de CD. A savoir que le back-catalogue représente les plus grosses ventes des majors. Ces sociétés bénéficient donc de revenus conséquents avec des « vieux » artistes. Ce qui peut poser problème pour les nouveaux artistes: les majors veulent-elles prendre des risques (si en plus on prend en compte l’état actuel de l’industrie), en diffusant des artistes dont le potentiel commercial n’est pas garanti?

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